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Biographie de Jani Räisänen

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Né en Suède, Jani Räisänen est un arabo-finnois. Elevé par sa mere, sur les rivages de la Baltique, il entreprend un voyage pour devenir landnamsmoend dans les terres de la nouvelle Ice land. Arrivé a Trondheim, il s'embarque pour les Féroés ou son destin decidera de le mener vers le sud et les iles vikings des Orkneys. Il s'engage dans les forces de Mael Morda. Sa rencontre fortuite avec la Branche Rouge decidera de sa vie de mercenaire.

Jani Räisänen dit Jani "Troll" Ähmedssón

Né en 991, Finnois-Suédois-Arabe, Conteur

Contexte

Finlande, Suède, Norvège, Baltique, Volga, Rus, Féroés, Orkney, Islande

Personnages

Juhanä “lilla”
(petite)
971-1023
1m56, taille fine, très peu de poitrine, cheveux très longs, ondulés, blond clair, yeux bleus, peau assez pâle bien que tannée par les vents et l'air marin.
Tero “valkoinen hammas”
(dent blanche)
968-1046
1m85, beau garcon, musculeux et coureur de jupons. Son surnom lui vient de sa manière de sourire aux jeunes filles, se croyant irresistible. Frère ainé de Juhanä. Charpentier.
Timö “musta silmä”
(oeil noir)
947-1031
1m84, corpulant, surcils broussailleux cheveux chatains avec calvitie en couronne, courts. Yeux bleus, peau mate, tannée comme du vieux cuir. Corps robuste et musculeux, on sent qu'il a une vie de dur labeur derriere lui.
Käärla “suosiollinen hymy”
(sourire bienveillant)
951-1010
1m61, ronde et généreuse. Cheveux longs chatains foncés, yeux verts. Son surnom lui vient de sa tendance à être gentille avec tout le monde. Trop peut-être. C'est une femme simple qui aime à s'occuper de ses enfants et de la ferme familliale.
Harald “kvalmig” Ulrsson
(orageux)
960-1045
1m89, cheveux mi-longs chatain clair, barbe epaisse, profil coupé à la hache, couvert de cicatrices. Harald fut viking. Sa première expedition, il y pris part peu après son 17ème anniversaire. Rude gaillard blond, c'est une force de la nature, une carrure d'ours avec un regard percant, brillant d'intelligence. C'est un homme lunatique pouvant passer d'une douceur attendrie à une colère haineuse, ce qui lui vaut son surnom d'orageux. Chrétien non convaincu, on l'entend prier les dieux d'Asgard lorsque la mer se déchaine. Harald est un viking et le restera, même si sa vie rangée dans le vik finlandais est bien loin de ses precedente exactions.


Biographie

Si on devait conter la vie de Jani, on commencerait par celle de sa mère.

Jeune et rebelle, Juhanä n'était ce que les hommes appellent une beauté. De petite taille et d'une fierté sans borne, rayonnaient d'elle une energie et une force peu commune, la rendant irresistible. Dans sa jeunesse, Juhanä parlait sans cesse d'aventures et de terres lointaines, son esprit échauffé par les contes des marins, suédois de passage, norvégiens aventuriers ou autres landnamsmoend revenus provisoirement pour emmener leurs familles. Entre fables de marins, impliquant le monstres païen Näcken (qu'elle connaissait déjà en tant que Nœkki), babillage chrétien et superstitions folklorique, elle s'abreuvait de ces récits d'aventures, ce qui ne manquait pas d'attirer les foudres des jeunes hommes, surtout son frère aîné, Tero, qui se moquait d'elle et la rudoyait, lui rapellant son rôle et sa place de femme.

Mais Juhanä, si elle était rêveuse et exhaltée, n'en était pas moins souvent posée et indéniablement intelligente. Assez, en tout cas, pour inquiéter sérieusement son père, Timö Räisänen. Timö, commercant plutot aisé était un homme simple. Coulant des jours heureux sur les bords occidentaux du golfe de la baltique avec sa femme Käärla et ses deux enfants, il aimait voir prosperer son commerce maritime, envoyant ses knerrir chargés d’ambre, de peaux et fourrures, du danemark à la Livonie, en suivant les côtes suédoises et finlandaises. Profitant largement des premiers pas de Svend à la Barbe fourchue en matière d'unification de la scandinavie, Timö s'était batti une solide réputation en tant que marin et plus tard, gestionnaire de vik.

Cherchant à stabiliser sa position et celle de sa descendance, surtout l'électron libre Juhanä, Timö lui trouva un prétendant en la personne de Hárald Ulrsson, un solide gaillard suédois d'une bonne trentaine d'années, vikingar rangé et superviseur du chantieur naval du vik. Harald plaisait à Timö. C'était un homme rude, mais droit, courageux, quoi qu'un peu téméraire. C'est d'ailleurs trois mois avant son grand projet d'emprunter la austrvegr, en direction des comptoirs de l'Est, que Timö présenta Harald à Juhanä. Räisänen tenait absolument à ce qu'Harald s'engage envers elle et sa famille avant de partir, afin que lui et Käärla puisse préparer les festivités et réjouissances.

Si ce ne pas fut du goût d'Harald de se preter à cette mise en scène, ce ne fut rien comparé à la réaction de Juhanä, qui n'apprecia pas du tout l'intention paternelle.

Néanmoins, fascinée par la personnalité de son prétendant Juhanä se préta finallement au jeu, de bon coeur. Elle comptait bien tirer son épingle du jeu, d'une facon ou d'une autre et puis... Harald n'était pas un si mauvais parti. De toutes facons, elle savait que sa famille ne l'autoriserait pas à réfuser cette union. Son père avait très lourdement insisté de sa voix douce mais ferme accompagnée d'un de ses regards qui vous clouait sur place et vous laissait transpirant et culpabilisant.

Les cogitations nerveuses de Juhanä donnèrent naissance à un plan d'une inconcevable témérité. Bien décidée à tirer parti au maximum d'Harald et de sa position, elle l'accompagna souvent sur le chantier du Knörr destiné à ouvrir l'expedition suivant la austrvegr, vers les comptoires de la Volga. Tout le monde en parlait dans le vik. Tous avaient vu les richesses des marchands descendus vers les terres Rus. On s'exaltait devant les cargaisons d'artefacts venu de l'Est, fruit d'un troc et d'un commerce florissant. On s'exclamait en faisant briller au soleil des pieces frappées à l'effigie de quelques lointains Jarls de pays étrangers.

Einmánaðr (environ mi-mars) 989. Le Knörr fut baptisé Faddrande, le flamboyant. Ce magnifique vaisseau, orné de sculptures représentant toutes sortes de créatures et exhibant des têtes de dreki terrifiantes, fut mis à l'eau en grande pompe sous les yeux emerveillés de la jeune finnoise de 18 ans, qui se voyait déjà voguant vers l'orient, pour y voir ces paysages dont les marins vantaient la beauté.

C'était d'ailleurs là l'essence même de son plan et elle parvint à ses fins. Comment elle s'y prit, on ne le saura jamais. Les seules informations que Jani n'obtiendra jamais de ce voyage sur la Volga viendront de son grand-père Timö, et seront teintées d'une amertume maussade, comme tout ce qui concerne sa mère vers cette époque.

L'embarquement se fit le samedi, juste apres le bain de la semaine. Barbes fraichement taillées et certaines tressées, cheveux noués et démélés, l'equipage se présenta prêt et frais.

Comment Juhanä parvint a embarquer à bord de Faddrande, avec de rudes et solides hommes pret a tout, reste un mystère. La majorité de l'équipage était constitué de Suédois, novices ou marins endurcis, regards fuyants, insistants ou transpercants, tous affichant une determination de mener a bien une nouvelle expedition, de devenir des Varègues et non plus des vikings : pillage, commerce, mercenariat.

Peu importe le moyen, elle le fit discrètement, sans prevenir ni famille ni amis. Ce que Timö en sut, c'est qu'elle fut retrouvée dans la cargaison de vivre et fourrures, coincée entre 2 peaux de rennes. Etonnament, Harald ne fut pas surpris ni même faché de voir sa promise sur le knörr, il en sourit, amusé de l'hardiesse de la jeune femme. Malgré les véhémentes protestations du reste de l'equipage, en parti par superstitions, Harald insista lourdement pour qu'elle reste, brandissant ses enormes poings pour bien souligner son propos.

Le voyage fut de longue durée et les haltes nombreuses : Tallinn (de plus en plus importante sur la austrvegr), Staraja, Ladoga, Gnezdovo, Novgorod, Kiev pour enfin arrimer le bateau dans une des “gyla” d'été des Rus implantés sur place.

Ibn Rustah (en persan : ابن رسته), explorateur et géographe persan né au Xe siècle s’est rendu à Novgorod avec les Rus' (روس) et a compilé des ouvrages relatifs à ses propres voyages, ainsi que des informations rapportées sur les Khazars, les Magyars, les Slaves et d’autres peuples.

Il a laissé une description de Novgorod, la ville des Rus' au dixième siècle : « Les Rus' vivent sur une île couverte de broussailles et de forêts épaisses dont le tour nécessite trois jours de marche… ; Ils pillent les Slaves qu’ils atteignent à l’aide de navires ; ils les emmènent au loin comme esclaves et… les vendent ; Ils n'ont aucun champ, ne vivant que de ce qu’ils obtiennent… des terres des Slaves ; Quand un fils leur naît, le père se dirige vers le nouveau-né, l’épée à la main et, la jetant à terre, il lui dit : “Je ne te lèguerai aucun bien : tu n’auras ce que tu peux te procurer avec cette arme.” »

Son impression sur les Rus' est très favorable : « Ils portent des vêtements propres et les hommes se parent de bracelets d’or. Ils traitent bien leurs esclaves qui portent également des vêtements somptueux, parce qu’ils consacrent tous leurs efforts au commerce. Ils ont beaucoup de villes. Ils ont une attitude la plus amicale envers les étrangers et les étrangers cherchant refuge. »

Ici, les marchands affluants de Constantinople, Rome et des lointains pays de l'extreme Orient se pressaient dans des comptoirs bondés et effervescents. Arabes, Magyars, Varègues...

Des souvenirs impérissables que ramenera Juhanä de son trajet à travers les terres d'orient, la principauté suédoise Novgorod et Kiev la magnifique, toutes deux fondées par Rurik, marqueront son esprit au fer. L'equipage encore peu habitué à la nouvelle religion y trouveront une ville incroyable; capitale d'un empire à naitre, dirigée depuis 980 par un slave, Vladimir Ier le Grand, qui après son baptême en 988 imposa à son peuple le christianisme de rite byzantin.

A l'arrivée sur les côtes de la mer noire, l'équipage du Faddrande dressa le camp, aidé par des Varègues locaux. Ce qui se passa exactement pour Juhanä, dès lors, seules des rumeurs de tavernes donnèrent des réponses à Timö.

Quoi qu'il en soit, 2 ans après son départ, le Faddrande fit une entrée remarquée dans le port du vik finlandais.

Le reste de l'histoire, Jani ne l'entendra jamais de la bouche de sa mère. Pour une raison connue d'elle seule, sa vie semble commencer à son arrivée dans l'Uppland. Dans une petite annexe du complexe fermier d'un propriétaire terrien, Eirekr Svensson, installée dans la lande entre le florissant port de Birka et la ville d'Uppsala, Jani connu les joies simples et les tourments de l'enfance.

Chassant et courant les bois dans son temps libre, aidant Juhanä dans ses taches quotidiennes, Jani travaillait dur, pour que sa mère soit fière de lui. Les enfants de la ferme jouaient bien avec lui mais se moquaient souvent de sa difference et de son absence de père. Il ne leur ressemblait pas vraiment, il le savait mais ces moqueries le blessait. Les plus cruelles s'en prenait à sa mère et à son apparent célibat. “Din moder är trollknullade !” criaient-ils. Il ne supportait plus de l'entendre.

On lui avait donné le sobriquet de “troll” et il en riait aussi maintenant, même si les insinuations concernant sa mère se finissaient généralement à terre avec une lèvre fendue.

Lors des soirs d'hivers, quand on se réunissait dans la långhushåll et qu'un feu brulait, emplissant la pièce d'une fumée qui piquait les yeux, on se racontait des histoires, surtout lors de Jól (notre noel actuel). A cette occasion, Åsa, la femme d'Eirekr, preparait la Jólaöl (biere de noel) et Jani prenait grand plaisir à ecouter le bondi (l'homme par excellence), qui avait beaucoup voyagé et qui l'aimait bien. Souvent, avec un clin d'oeil qui lui était destiné, Eirekr leur racontait une histoire sur les hudrefolk, le peuple des trolls. Sa mère restait près de lui et filait de la laine en silence. Elle lui avait promis de lui tisser sa première cape. Presque un homme ! Jani n'oubliait jamais de laisser un bol de gröt, après ces soirées, près de la porte, pour le Tonttu (tonte, esprit bienfaisant du foyer) de la ferme.

Un homme, il ne le devint vraiment qu'après la visite de son grand-père, Timö. Au printemps de cet année là, Jani avait 14 ans et c'était la première fois qu'il rencontrait un membre de sa famille autre que sa mère. Le vieil homme se présenta au domaine Svensson. Juhanä fut boulversée de le revoir. Après l'avoir ammené à l'écart, elle se jeta dans ses bras, sous les yeux ébahis de Jani, et y sanglota comme une fillette, ce qui ne manqua pas de troubler l'enfant qui l'avait toujours connu stoïque, renfermée et forte. Elle passa un moment a pleurer dans les bras de son père, qui la serrait tendrement et lui caressait les cheveux. Elle semblait si frêle et petite, serrée contre le corps d'ours de Timö.

Le but de la visite de Timö était claire : après tout ce temps, il voulait ramener sa fille chez lui, son “exil” n'avait que trop duré. “Harald a quitté le vik... Tu peux revenir, personne ne fera d'histoires. Je t'en prie Lilla”. Pour Juhanä, ce fut comme se faire frapper par la foudre. Son coeur manqua un battement et les larmes perlèrent entre les cils de ses yeux baissées. Près de 15 ans... Revoir maintenant sa terre natale et le vik était une pensée qui faisait chavirer son coeur. Tant d'épreuves... Revenir au port de commerce de son enfance, les echoppes, les longues rues menant aux embarcadaires, l'activité incesssante, les cris des artisans...

Le regard de Timö se posa enfin sur Jani. “C'est donc toi, mon petit fils... Bonjour Jani, je suis ton grand-père, Timö”. Timidement, Jani lui rendit son salut. Timö le détailla scrupuleusement, mettant le garçon mal à l'aise. Il eut l'air satisfait de ce qu'il vit et complimenta Juhanä sur la bonne santé apparente de son fils, lui offrant un sourire qu'il voulait rassurant et bienveillant mais qui trahi son désarroi et sa tristesse. “Au moins, dit-il, le sang des Räisänen peut-être fier de toi, ma fille... Ce petit à l'air solide et fort, même si le prix à payer fut élevé...”. Ces dernieres paroles penetrerent Jani, le transpersant comme une lance.

Sa mère lui avait caché trop de choses. En serrant les poings, il se jura de faire parler ce vieil ours inquisiteur qui se disait son grand-père et de connaitre la raison de l'”exil” et l'identité de ce “Harald”.

Jani n'eut pas a attendre ni à forcer le vieil homme à parler. Profitant d'une absence de Juhanä, Timö pris Jani avec lui, et ils allèrent marcher ensemble. Le garçon se tenait timidement loin de cet homme dont il ne savait rien. Lorsque celui ci lui demanda de l'emmener vers un endroit tranquille où il aimait être seul, Jani hésita. Puis il se souvint de la tendresse de sa mère pour ce corpulent père qu'elle n'avait pas vu depuis sa naissance. Il conduisit son grand-père là où il aimait pecher, une petite colline boisée, traversée par une rivière calme. Là, tous deux s'assirent, en silence. Jani jetait des regards méfiants du côté d'un Timö qui se tenait là, assis, luttant contre des sentiments dont l'enfant ne connaissaient pas la nature ni l'origine.

Puis comme s'il avait pris une décision, le vieil homme d'adressa directementà Jani, comme à un homme. C'était la première fois qu'on lui parlait comme ca. Timö passa un certain temps à décrire la beauté de sa terre, dont Jani était héritié par sang. Il lui parla de sa propre enfance, de sa femme, de son fils, et enfin de sa mère et de sa vie au vik. A partir de ce point là du récit, Timö sembla parler sans respirer, l'air grave. Il lui parla de l'expedition, du départ de sa mère sur le Faddrande et son retour après plus d'un an de voyage. Timö se confia à Jani et lui raconta comment Käärla et lui avait vu leur Lilla, enceinte de plus de 6 mois, descendre du Faddrande.

Le finnois s'adressant plus à lui-même qu'a Jani, dit en soupirant : “elle est partie kuohu-neiti (vierge de l'ecume) et est revenue etelaetaer (fille du sud). Que Ylijumala (le dieu supreme) te protège mon enfant”. Le reste de l'histoire, le vieil homme la marmonna, les yeux embués de larmes, s'exclamant de temps en temps que le petit avait le droit de savoir et que Pellon Peri-isoentoe (dieu de la fertilite) soit loué de ce don !

Ce qu'en saisit Jani suffit à lui émecher son monde et sa réalité. A son retour, Juhanä n'était pas enceinte de Harald, mais d'un chroniqueur arabe qu'elle avait rencontré au camp Varègue, lors d'une sortie des hommes. De retour au port, Harald l'avait répudié publiquement et avait coupé ses longs cheveux blonds à ras, d'un coup de son long couteau, sous les yeux horrifiés de ses parents et des marins du port. Timö avait tout arrangé pour éviter à sa fille une humiliation. Il l'avait fait embarqué dans un Knörr pour l'Uppland où son vieil ami Eirekr Svensson accepterai de la prendre comme paysanne et de s'occuper d'elle. Brave Eirekr.

Jani resta silencieux, méditant les paroles de son grand-père. C'était de sa faute.

Jani se souviendra des événements qui précéderent son départ comme s'il était dans un brouillard. Ce dont il se souvient le plus clairement, c'est du jour où lui et sa mère se sont séparés. Juhanä avait passé la matinée auprès d'Eirekr et de sa femme Åsa, pour les remercier, les larmes aux yeux, de leur bonté et leur dire adieu. Elle avait fini par ceder à Timö et décidé de rentrer dans sa bonne vieille ferme familliale. Jani, lui, avait pris une toute autre décision, peut-être la plus difficile de sa vie. Alors que sa mère emballait leur affaires, Jani lui fit part de sa résolution : se séparer d'elle pour découvrir le monde. La finlande était son pays et le vik n'était pas sa perspective. Il voulait partir vers la côte occidentale de la Norvège, découvrir le monde avec ses yeux.

La séparation fut encore plus rude pour Juhanä, pour qui Jani avait été toute sa vie depuis 15 ans. Elle ne supportait pas l'idée de le perdre, prête même à renoncer à son retour en finlande pour qu'il consente à rester avec elle. Mais la décision de Jani était prise. Certain de son choix, malgré la douleur de la séparation, il assura sa mère de sa conviction que son avenir l'appelait à l'Ouest. Juhanä lui donna le reste de ses économies gagnées à la ferme Svensson et Timö, discretement, lui glissa un bijou dans la main. “Ce pendentif, petit, est un bijou de famille. Mon père me l'a donné, et son père avant lui. Il represente ce que j'ai abandonné pour fonder ma famille en terre swede. Fils du soleil tu es, Jani, que ce cheval de Pœivœ (dieu de Päivä, le jour) te protège”.

Jani regardait l'amulette cheval, assis au bout de la charrette qui traversait Skåne (la Scanie, pointe sud de la Suède actuelle), jouant distraitement avec les clochettes de cuivre qui pendait de ses pattes. Juhanä lui avait donné le seul souvenir qu'elle gardait de son prétendant suédois, un mjolnir en argent dont il lui avait fait don à leur rencontre. Le signe de Thor, lui avait dit sa mère, sous le regard méprisant de Timö, qui ne cessait de répéter que ce dieu n'était qu'une farce à coté de leur Akka (femme de Ylijumala et déesse de l'orage) ou encore Perkele (le dieu de la foudre Finn et Liv).

Sa mère lui manquait beaucoup, et il regrettait souvent de ne pas avoir été plus souvent à ses côtés avant son départ. Il était seul, maintenant, avec ses projets et ambitions et pour tout bagage, un vieux sac que lui avait donné Eirekr et une bourse remplie de piecettes de cuivre. Le sac contenait du ostr (fromage de chevre), de la viande sechée et une bouteille de vin de baies qu'Åsa avait insité pour qu'il prenne, non sans lui dire, surcils froncés, qu'il avait interet a ne pas trop boire. Sa determination et sa rigueur au travail serait ses meilleurs alliés, lui avait confié Timö depuis le pont du Vetehinen (l'aquatique), son snekkar (bateau de transport).

Les routes de Scanie laissèrent la place aux chaotiques chemins à peine esquissés menant vers la côte norvégienne. Le chemin fut long et pénible, Jani regrettant plus d'une fois de ne pas avoir mieux appris à se battre, lors de rencontres pastorales impromptues, parfois menacantes. Il avait peur, lors de ses bivouacs, au crepuscule, de de faire surprendre par un groupe de Kœœpetit (gobelins), dont sa mère lui avait parlé. Au moins, ses talents de trappeur et de chasseur se revelerent bien utiles. Ils lui permettaient, en tout cas, de varier son menu : slátr, skeiðr ok ostr (viande, poisson séché et fromage), avec quelques epli (pommes) de Scanie bien juteuses.

Et c'est tant bien que mal qu'il arriva dans un village côtier, sa seule vraie halte depuis son départ. Ce village était en réalité un grand marché très actif et animé, un des points stratégique du commerce vers le sud de la baltique. Kaupang était en effet une des étapes principales dans le commerce vers Haithabu, Ribe et Birka, par la mer. Là, Jani y passa son premier hiver seul, employé pour s'occuper des batiments du port. Il y appris beaucoup, autant humainement que physiquement et professionnelement. Il appris à traiter le bois, reparer les breches des coques, sculpter le bois pour remplacer les ornements brisés ou abimés. Après ses journées de labeur, Jani n'oubliait jamais de laisser un gröt encore chaud et réhaussé de beurre, près de la porte de l'entrepot.

Le printemps, deux ans après son arrivée à Kaupang, sonna l'heure du départ. Il comptait rejoindre la côte nord occidentale, vers Sør-Trøndelag et la ville de Trondheim recemment fondée à l'embouchure de la Nidelven par Olav Tryggvason : un des points les plus actif et dynamique de la Norvège. Le voyage fut encore plus difficile, de par le relief accidenté du terrain, et long que sa traversée de L'Uppland et de la Scanie. La temperature, ne cessant pas de grimper, rendait le moindre effort un calvaire.

L'été approchait rapidement. Jani arriva à Trondheim à gormánaðr (milieu de l'été), voyageant de plus en plus tard, grace à un soleil qui s'accrochait à la voute celeste de plus en plus longtemps. Hati faisait mal son travail, disaient les aubergistes lors de ses haltes, bien que Jani ne compris l'allusion que bien plus tard.

Son arrivée à Trondheim fut un souvenir inoubliable. A la tombée de la nuit, alors que le soleil s'accrochait desesperement a l'horizon, tentant de voler encore quelques minutes d'obscurite, l'eau scintillait comme un joyau eclairé de mille feux. Le souffle coupé, Jani ne pressa pas le pas, appreciant, depuis la colline, la vue sur le port lové entre les bras du fleuve et l'océan. L'océan representait son but ultime : devenir viking et partir au loin, pourquoi pas même, participer au peuplement des nouvelles terres ? Iceland, Groenland... Jani était un jeune-homme ambitieux et il en avait assez de la vie tranquille des fermes et de l'activité morne des ports. Les histoires, ils ne voulait plus les ecouter, mais les vivres. Il serait marin.

L'hospitalité lui fut accordé dans une ferme, à quelques lieues du port, pour une courte durée. Le temps de se remettre de son periple de plusieurs semaines, Jani usa au maximum de son temps oisif pour en apprendre plus sur les dernieres nouvelles venues de la mer. On parlait d'Eire, d'Iceland et des départs imminents de colons. On parlait aussi de troubles dans les postes avancés des iles de l'ouest. Plus qu'il n'en fallait pour plusieurs vies d'action, pensa Jani.

Trondheim lui préparait une désillusion plutôt sévère. Aucun langskipr ne l'accepta a bord. Personne ne voulait d'un freluquet qui ne savait même pas manier une arme ou encore une rame ! Son plédoyer en faveur de ses qualités d'artisan fit rire, sourire et grimacer plus d'un vieux loup de mer. Ils le dévisageaient souvent avec curiosité avant d'éclater de rire et de lui conseiller d'aller jouer ailleurs, au moins le temps d'avoir quelques poils sur son visage tristement glabre. A chaque refus, vexé et fou de rage, Jani finissait roulé dans son vadmal (bure en laine de mouton, très résistante), ivre mort. Cela lui valu d'ailleurs la surprise de se reveiller un matin avec une gueule de bois féroce et miraculeusement soulagé du poid de sa bourse qui contenait le reste des économies maternelles, précieusement mises de côté.

C'est un Jani désabusé et sans un sous qui alla frapper à la porte des dépendances des entrepots. Il cherchait un poste là où il savait posséder des qualités et de l'experience. S'occuper des navires en cale sêche n'avait plus de secret pour lui. Calfeutrer les breches avec de la fourrure, enduire, racler, égaliser, ajuster, graver... A defaut de souquer et d'ecoper, ce serait un moyen de recuperer quelques piecettes afin de s'offrir un equipement, au moins potable, de marin... Une saxe, même petite... Le reste, il pourrait se le fabriquer. Un petit bouclier rond à manipule, qu'il couvrirait de foururre de ses trappes recentes. Un peu de lièvre... quelques chutes de ce cuir qu'il utilisait pour renforcer les pièces du langskipr... Et il aurait presque l'air un viking... Avec ses vetements usés et simples, il ressemblait décidement à un vrai vagabond. Lui, bondi ? Ca le faisait rire jaune, alors que ses reves de possessions de terre partaient en lambeaux.

Jani se procurait sa nourriture aux fermes environnantes et dormait souvent à la belle étoile, tentant de sauvegarder le maigre péculle accumulé à la sueur de son front. De temps en temps, il s'occupait d'un troupeau, aidait une tonte de mouton, arrangeait les fermiers locaux en mal de personnel à de divers travaux. Trondheim ne manquait pas d'occupations, pour qui savait manier un marteau et se servir de ses mains. L'effervescence autour de la ville même était sensible.

Son peu de temps libre, Jani le consacrait à écouter les marins et à boire. Il réussi quand même à se tailler un petit bouclier dont il n'était pas peu fier. Même si, amer, il se sentait ridicule avec un bouclier sans armes. Qu'a cela ne tienne. D'une visite à un artisan forgeron de sa connaissance il ramena un scramasaxe... Particulierement petit, mais d'une finition acceptable. C'est surtout la seule chose qu'il put se paier. Loin le temps de la douce certitude d'un repas chaud et d'un toit, chez les Svensson. La saxe était petite, composée d'une lame large de 2 pouces et longue d'environ 6 pouces. La poignée en corne de cerf était incrusté de cuir durci. Le fourreau en cuir était orné d'un animal stylisé. Jani était particulirement satisfait et arborai sa nouvelle acquisition à la ceinture, même s'il ne s'en servait que pour tailler les branches et couper sa viande.

Jani était un homme accompli. Un artisan capable et endurci de quelques années de labeur intense. Un poil noir et dru commencait à pousser chaotiquement sur son visage quelque peu ingrat. Jani était un solitaire, un homme de peu de biens mais gonflé de rêves et son regard portait à l'horizon et jamais là où il mettait les pieds. Rêveur mais néanmoins lucide. Sa solitude, il en souffrait grandement. Loin des siens, c'est à dire sa mère, la seule famille qu'il eut jamais vraimet connu, Jani portait entralacé sur la poitrine, le mjolnir et le cheval de Païvä, dont il jouait souvent distraitement avec les pattes en bronze, clochettes finement cisellés. Il regardait les jeunes filles glousser dans les fermes où il travaillait, s'acharnant alors sur le travail pour oublier sa réalité solitaire et sa couche froide. Il buvait de plus en plus, souvent de la mauvaise bière, s'il ne pouvait s'offrir un hydromel sirupeux et fort.

Ses longs doigts fins d'enfant devenaient caleux et forts, ils travaillaient par froid et grande chaleur, le cuir, le bois. Jani n'était malheureusement pas très habile pour la couture et ses vetements ressemblaient de plus en plus à des haillons. Bondi de fond de cale, oui. Il revait toujours de s'embarquer et sa réputation à Trondheim lui permettrai bientot de tenter sa chance. Il était connu en tant qu'ouvrier de bonne foi, travailleur archarné et bien batti. Rien ne l'empecherai de mettre le pied sur ces ponts qu'il avait si souvent racommodé.

L'occasion se présenta plus tôt qu'il ne pouvait l'esperer. Un Knörr se preparait à prendre le large en direction des iles féroés, chargé de vadmal, d'hydromel et de fourrures. Au petit matin, l'air frais de l'océan portait l'odeur de l'opportunité et de l'aventure pour Jani. Un membre d'équipage manquait à l'appel. On n'avait plus de temps à perdre. Les conditions météos avaient deja assez retardé l'expedition qui n'avait aucune envie de se retrouver bloquer au port pour la saison. Jani se trouvait là au bon moment. Il ne lui fallu que quelques minutes pour rassembler ses quelques affaires et laisser sa vie derriere lui. Sa vie, sa terre... Route vers le cap Tinganes, futur Tórshavn.

On ne peut pas dire que Jani ait eut le pied marin lors de cette traversée. Contrairement aux autres enfants, il n'était jamais allé en mer, même sur une petite esquisse. Ce bapteme de l'eau le marquera et le court voyage le fit réflechir plusieurs fois à sa carriere hypothétique de viking. La vie sur le pont d'un navire n'était pas exactement confortable, ni meme agreable. Le vent lui fouetait le visage, les cheveux volaient partout, alors qu'il s'efforcait de faire bonne figure et de suivre les ordres secs du capitaine. Ce n'était pas exactement le déroulement prévu, mais, la vue du Slættaratindur (point culminant des iles) lui remit du baume au coeur et c'est avec un soulagement non feint mais fierement camouflée qu'il posa de nouveau le pied sur la terre ferme.

Les Féroés (Føroyar, de “oyar” : iles), les 18 iles aux moutons... Les marins racontaient l'histoire de Grímur Kamban, qui les découvrit et s'y installa, simple émigrant qui voulait fuir la tyrannie de Harald Hårfagre (aux beaux cheveux), roi de Norvège. C'est sur l'île de Streymoy que les marins firent escales. La saison allait bientôt interdire toute sortie en mer, laissant le temps à Jani de trouver un équipage qui ferait route vers les nouvelles terres du Nord Ouest et qui l'accepterai à bord. Jani aurai tout le temps de découvrir ce petit archipel notamment la peninsule où ils avaient mis pied et où s'était déjà formé un Lögting, centre de justice et de loi important.

Reste a venir

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